Le classement annuel Top Programming Languages 2025 d’IEEE Spectrum confirme la suprématie de Python et le recul inattendu de JavaScript. Mais derrière cette hiérarchie se cache une transformation bien plus profonde : l’intelligence artificielle redessine les pratiques, bouleverse les indicateurs traditionnels et pose une question dérangeante. Les classements fondés sur la popularité des langages ont-ils encore un sens à l’heure où le code est de plus en plus généré par des IA ?Python, déjà en tête depuis plusieurs éditions, s’impose de nouveau cette année comme le langage incontournable. Sa domination s’explique par une combinaison de facteurs. Il est devenu l’outil de prédilection de la data science, du machine learning et de l’IA. Ses bibliothèques (NumPy, TensorFlow, PyTorch, Pandas) constituent un écosystème solide qui en fait le langage « par défaut » des chercheurs comme des ingénieurs.
Mais son succès dépasse le cadre académique. Python est désormais omniprésent dans l’industrie, utilisé autant pour automatiser des tâches simples que pour développer des systèmes complexes. Sa syntaxe accessible attire les débutants, ce qui en fait aussi un langage privilégié pour l’éducation. Résultat : une génération entière de développeurs formés sur Python alimente aujourd’hui le marché du travail.
SQL : le retour en force de la donnée
Le classement met aussi en évidence la valeur stratégique de SQL, toujours en haut de l’affiche dans les offres d’emploi. L’ère de l’intelligence artificielle n’efface pas la réalité : sans données bien structurées, aucun modèle ne peut fonctionner. SQL reste la porte d’entrée indispensable pour manipuler, organiser et interroger des masses d’informations.
Ce maintien rappelle que, derrière l’effervescence des nouveautés, certains piliers historiques du développement conservent une importance fondamentale. La donnée n’a jamais été aussi centrale, et SQL, malgré son âge respectable, reste indéboulonnable.
JavaScript : une chute spectaculaire
La surprise vient de la descente de JavaScript, qui passe de la troisième à la sixième place. La situation est présentée comme un signe d’essoufflement. Mais cette baisse reflète-t-elle vraiment une perte d’usage ? Rien n’est moins sûr. Historiquement considéré comme le langage du web, il a longtemps dominé grâce à son rôle incontournable dans la création de sites et d’applications front-end.
L’arrivée massive des outils d’intelligence artificielle a probablement contribué à changer la donne : aujourd’hui, un simple prompt permet de générer des pages web complètes sans écrire une ligne de JavaScript. Ce phénomène, surnommé « vibe coding », réduit la visibilité du langage dans les indicateurs publics comme Stack Overflow. Concrètement, moins de développeurs postent des questions ou rédigent des tutoriels, car une IA fournit déjà les solutions dans un chat privé. Résultat : JavaScript semble perdre du terrain, non pas parce qu’il est moins utilisé, mais parce que sa pratique laisse moins de traces visibles.
JavaScript est donc toujours très présent dans le web. Ce qui s’effondre, ce sont les traces publiques laissées par les développeurs : moins de questions sur Stack Overflow, moins de recherches sur Google, moins de tutoriels partagés. La cause ? Les IA conversationnelles qui remplacent ces espaces collectifs par des chats privés. Le langage reste central, mais invisible dans les statistiques.
Des métriques en crise
Le classement IEEE s’appuie sur plusieurs sources ouvertes : activité GitHub, recherches Google, publications Stack Exchange. Or, ces indicateurs connaissent une baisse drastique de pertinence. Le chiffre le plus frappant concerne Stack Exchange, où le volume de questions hebdomadaires a chuté de 78 % en un an.
Cette chute n’indique pas forcément une baisse de l’activité de programmation, mais plutôt une migration silencieuse vers les assistants IA. Les développeurs ne cherchent plus collectivement en ligne : ils posent leurs questions à ChatGPT, Claude ou Gemini. Le savoir reste produit, mais il ne circule plus de la même façon, ce qui complique considérablement la mesure de la « popularité » des langages.
IEEE note que :
« Depuis 2013, nous observons métaphoriquement par-dessus l'épaule des programmeurs afin de créer notre classement interactif annuel des langages de programmation les plus populaires. Mais les changements fondamentaux dans la...
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