
d'après Jan Kammerath
L’Open Source est-il encore un mouvement idéaliste qui rend les logiciels accessibles à tous ? C’est la question que se pose Jan Kammerath, un développeur qui a assisté à une soirée en Allemagne où il a rencontré des représentants de l’initiative GAIA-X, qui vise à créer un cloud européen alternatif aux géants américains du web. Il raconte dans son récit comment il a été surpris par le manque de financement et de compréhension de l’Open Source de la part des organisateurs de l’initiative, qui attendent que la communauté Open Source mette en œuvre leurs concepts gratuitement, sans leur offrir aucune récompense ni soutien.
Dans l’intention de briser la domination des entreprises américaines en matière de cloud computing, l’Europe lance à l’initiative franco-allemande, GAIA-X. Il s'agit de la création d'un écosystème de Cloud computing qui vise à réduire la dépendance de l'Europe à l'égard des géants de la Silicon Valley, Amazon, Microsoft et Google. La France et l'Allemagne veulent s'allier face à la migration des infrastructures informatiques de leurs institutions et entreprises vers les plateformes dites de cloud (informatique dématérialisée), dominées aujourd'hui par de grands acteurs américains comme Amazon Web Services (AWS), Microsoft (Azure) ou Google.
L’objectif du projet Gaia-X est de permettre aux entreprises et aux institutions européennes de stocker leurs données en Europe, de changer facilement de fournisseur de services et surtout de se protéger de la loi américaine Cloud Act. Cette loi, adoptée en 2018 par les États-Unis, s’appelle Cloud Act (pour « Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act »). Elle donne aux autorités américaines le pouvoir de demander aux entreprises de leur transmettre des données vers les États-Unis, même si ces données sont hébergées à l’étranger, dans le cadre d’une enquête pénale.

Kammerath expose la façon dont l’Open Source a évolué depuis son origine idéaliste, qui visait à rendre les logiciels libres et accessibles à tous, jusqu’à sa situation actuelle, où il est largement financé et contrôlé par des grandes entreprises technologiques, notamment américaines. Il décrit les différentes catégories de projets Open Source existants, qui vont du projet solo au projet FAANG, en passant par les survivants sous-financés et les logiciels réellement commerciaux.
Il s’appuie sur l’OSCI, un indice qui mesure la contribution des organisations à l’Open Source, pour montrer que la majorité du soutien et du financement de l’Open Source provient des géants du web. Il soulève ainsi la question de la souveraineté et de la diversité du logiciel libre face à la domination des acteurs commerciaux. Kammerath critique l’argument selon lequel les logiciels libres rendent l’Europe indépendante des fournisseurs américains. Il affirme que l’Open Source a échoué à libérer les utilisateurs et qu’il est largement financé et contrôlé par les grandes entreprises technologiques, notamment américaines.
Kammerath décrit les difficultés de financement et de création d’entreprises de logiciels en Europe, qui ont poussé de nombreux projets Open Source à migrer ou à collaborer avec des acteurs américains. Il dénonce le manque d’intérêt et de compréhension de l’Open Source de la part du grand public, qui ne contribue pas aux projets ni ne lit le code source. Il soulève ainsi la question de la souveraineté et de la diversité du logiciel libre en Europe face à la domination des acteurs commerciaux.
En 2021, Yann Léchelle, PDG de Scaleway a annoncé son retrait du projet GAIA-X. « Le 18 novembre dernier, nous avons annoncé que notre entreprise ne renouvellerait pas son adhésion au projet GAIA-X en 2022. Les objectifs de l’Association, quoique louables au départ, sont de plus en plus détournés et contrariés par un paradoxe de polarisation ayant pour conséquence de renforcer le statu quo, c’est-à-dire une concurrence déséquilibrée. Scaleway choisit de consacrer son temps, ses capitaux et son attention à améliorer son offre multicloud, un facteur clé pour une véritable réversibilité et ouverture », a déclaré Yann Léchelle.
Jan Kammerath affirme que les projets Open Source que nous apprécions sont le fruit du travail et du sacrifice de personnes ou de petites équipes. Il explique que ces créateurs ont dépensé de l’argent et du temps pour leurs projets Open Source, sans jamais obtenir de rétribution. Il souligne que dans un monde où la vie devient de plus en plus chère, où les taxes, les loyers et les difficultés financières augmentent, il y a de moins en moins de personnes qui peuvent et veulent construire et maintenir des projets Open Source. Il remet en cause l’idée de l’Open Source selon laquelle les gens construiraient les logiciels qu’ils aiment pour les partager avec d’autres personnes qui, en retour, financeraient les constructeurs. Il la qualifie de chimère idéologique.
Source : Jan Kammerath's blog post
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